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La récompense
Il n'y a rien à gagner. Leur véritable récompense est d'être arrivés. D'avoir été au bout d'eux-mêmes. Ils disent, perclus de douleurs : « Je me sens satisfait. Mon but était de partir et d'arriver. » « On a mal, tant pis : il faut arriver. » « Dans ce genre d'épreuve, il faut savoir repousser les limites du mal. » « Ça fait deux ans que je me prépare. Quel que soit le temps que j'ai mis, je l'ai fait. ». « Le temps épouvantable, je m'en fous royalement. Je serai arrivé coûte que coûte, même en rampant. »
La résistance des femmes suscite le respect. Elles revendiquent l'égalité. Une Suédoise a réalisé le trajet dans un petit groupe. «Les hommes allaient trop vite pour moi dans les montées. Mais en descente, je les rattrapais toujours. » Elle s'est exercée à régler elle-même tous les problèmes mécaniques. Une Française ne « voit pas pourquoi » ce serait plus courageux parce que l'on est une femme. Un inconvénient cependant, dit-elle, « réussir à trouver des buissons pour faire pipi, mais la nuit pas de problèmes. » Elles sont très sensibles aux encouragements qu'elles reçoivent. « Le public est fantastique. Toutes ces voitures qui klaxonnent pour vous soutenir... » Et les acclamations des bords de route : « Ah, une femme ! » « Bravo, les filles ! » « Allez, les filles ! »
Les participants insistent sur les applaudissements qui les accompagnent tout au long de leur périple. L'accueil de la Bretagne reste comme un souvenir très vivace. Les saluts, les mains qui se tendent au passage, les boissons offertes. Quelqu'un remercie les spectateurs de La Tannière, à la sortie de Fougères qui ont, le temps de l'épreuve, aménagé une grange pour réconforter les concurrents. « Ils offrent le couchage, un petit déjeuner avec des crêpes et des gâteaux. »
Les vagues de cyclos arrivent toujours. Un Breton en tête d'un groupe, avec un grand drapeau régional déployé. Ils font un tour d'honneur dans le dernier rond-point qui déclenche une ovation.
La fête est finie. Ils retrouvent leurs proches, se restaurent. Quelques amis offrent le champagne pour fêter leur héros. Beaucoup savourent silencieusement l'intense plaisir qu'ils ont d'en avoir fini. Pour l'instant, ils restent laconiques pour résumer leur expérience. Un Américain: « Finish ! » D'autres : « C'est superbe. » « C'est difficile, c'est pour ça qu'on le fait. Si c'était facile, tout le monde le ferait. » « C'est bon, mais c'est dur. Très dur, mais très bon ! » « Un grand défi physique, l'apothéose parce que c'est Paris-Brest-Paris ! »
Un concurrent philosophe résume ainsi son challenge : « Je prends tout le temps qu'on me donne. Le but est de rester le plus longtemps sur mon vélo. »
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