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127 vidéos et plusieurs centaines de photos en ligne du Paris-Brest-Paris 2007 ! 127 vidéos et plusieurs centaines de photos en ligne du Paris-Brest-Paris 2007 !
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La récompense

recompense1 Le seizième Paris-Brest-Paris s'achève. Pour les habitués, une des éditions les plus dures. On a assez parlé des conditions climatiques. Plus de vingt heures de pluie violente. Un vent contraire, à l'aller et au retour. Très casse-gueule (nombreuses chutes). Le froid et l'humidité pour le corps, des heures et des heures. Tous les problèmes qui en découlent sont à l'arrivée: les tendinites, les fesses en sang, les crampes, les ampoules, les pieds mouillés d'un blanc cadavérique... Un randonneur qui en est à sa sixième participation : «J'ai souffert comme je n'ai jamais souffert. »

Un record d'abandons : 1 548. Trente pour cent de l'effectif, alors que le pourcentage était, précédemment, de dix et douze pour cent.

recompense2 Pourtant, ils ne cessent d'arriver pas petits « paquets », trois-quatre, sept-huit, puis des dizaines et des dizaines. Trois mille six cent sept sont arrivés à bon port dans les délais. On les accueille chaleureusement. On avalise leurs performances : les maxima étaient fixés selon les heures de départ et les machines : 80 , 90 ou 84 heures. Chacun reçoit ce mot pudique de félicitation : « Bravo ! L'Audax Club Parisien vous félicite d'avoir mené à bien votre défi. Après contrôle et homologation votre carte de route vous sera retournée par voie postale. Attention : Conservez sur vous votre badge magnétique. Il vous sera demandé pour la sortie de votre machine de l'enceinte gardée du gymnase. Contre la remise du bon ci-joint, une boisson vous est offerte gratuitement sous le chapiteau restauration située sur le parking de sortie du gymnase des Droits de l'Homme... Au revoir, et en 2011 » Beaucoup, épuisés, restent un moment hagards avec en main ce papier dérisoire.

Il n'y a rien à gagner. Leur véritable récompense est d'être arrivés. D'avoir été au bout d'eux-mêmes. Ils disent, perclus de douleurs : « Je me sens satisfait. Mon but était de partir et d'arriver. » « On a mal, tant pis : il faut arriver. » « Dans ce genre d'épreuve, il faut savoir repousser les limites du mal. » « Ça fait deux ans que je me prépare. Quel que soit le temps que j'ai mis, je l'ai fait. ». « Le temps épouvantable, je m'en fous royalement. Je serai arrivé coûte que coûte, même en rampant. »
La détermination est capitale. On l'a dit, le principal ressort se situe dans le mental. Mais pour tous ceux que l'on retrouve calmes, sereins, à l'arrivée, la réussite est également fruit de l'expérience.
Une bonne gestion de l'« enfer », de l'« extrême ». L'intelligence de gérer son temps. Cette pensée de Joubert pourrait s'appliquer à l'épreuve : « Le temps est du mouvement sur de l'espace. » Certains le fractionnent d'un contrôle l'autre, se contentant d'envisager le kilométrage de ville et à ville. Comme on gravit une montagne pas à pas. La prévention des impondérables. Protection du matériel, du corps. Quelqu'un sort de la poche de son maillot trois produits : une huile pour la chaîne (Motorex) qui facilite la lubrification sous la pluie; une pommade pour les irritations cutanées, un baume rafraîchissant pour les pieds. « En ne prenant pas de précaution, on part avec un handicap. Il ne faut pas attendre que la chaîne crisse, que la peau soit totalement irritée, que l'on ait chaud aux pieds.»

La résistance des femmes suscite le respect. Elles revendiquent l'égalité. Une Suédoise a réalisé le trajet dans un petit groupe. «Les hommes allaient trop vite pour moi dans les montées. Mais en descente, je les rattrapais toujours. » Elle s'est exercée à régler elle-même tous les problèmes mécaniques. Une Française ne « voit pas pourquoi » ce serait plus courageux parce que l'on est une femme. Un inconvénient cependant, dit-elle, « réussir à trouver des buissons pour faire pipi, mais la nuit pas de problèmes. » Elles sont très sensibles aux encouragements qu'elles reçoivent. « Le public est fantastique. Toutes ces voitures qui klaxonnent pour vous soutenir... » Et les acclamations des bords de route : « Ah, une femme ! » « Bravo, les filles ! » « Allez, les filles ! »

Les participants insistent sur les applaudissements qui les accompagnent tout au long de leur périple. L'accueil de la Bretagne reste comme un souvenir très vivace. Les saluts, les mains qui se tendent au passage, les boissons offertes. Quelqu'un remercie les spectateurs de La Tannière, à la sortie de Fougères qui ont, le temps de l'épreuve, aménagé une grange pour réconforter les concurrents. « Ils offrent le couchage, un petit déjeuner avec des crêpes et des gâteaux. »

Les vagues de cyclos arrivent toujours. Un Breton en tête d'un groupe, avec un grand drapeau régional déployé. Ils font un tour d'honneur dans le dernier rond-point qui déclenche une ovation.

La fête est finie. Ils retrouvent leurs proches, se restaurent. Quelques amis offrent le champagne pour fêter leur héros. Beaucoup savourent silencieusement l'intense plaisir qu'ils ont d'en avoir fini. Pour l'instant, ils restent laconiques pour résumer leur expérience. Un Américain: « Finish ! » D'autres : « C'est superbe. » « C'est difficile, c'est pour ça qu'on le fait. Si c'était facile, tout le monde le ferait. » « C'est bon, mais c'est dur. Très dur, mais très bon ! » « Un grand défi physique, l'apothéose parce que c'est Paris-Brest-Paris ! »
Dans cette époque d'aliénation collective, cette épreuve réhabilite la notion de l'effort individuel. « Elle donne encore, dit quelqu'un, une idée des vraies difficultés de la vie. »

Un concurrent philosophe résume ainsi son challenge : « Je prends tout le temps qu'on me donne. Le but est de rester le plus longtemps sur mon vélo. »
D'autres pensent déjà à améliorer leur temps lors de la prochaine édition. « Je peux faire mieux » « C'est comme une drogue dure. Une fois qu'on y a goûté... » Un Néo-Zélandais referait bien le trajet: « Mais pas aujourd'hui !» Un temps. Sourire: « Peut-être pas demain non plus... »

Jacques Vallet
Photos : Jean-Julien Kraemer
Samedi 24 août 2007

 
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