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Le PBP, c'est pas de la tarte ! |
Solidarité
Tout au long des aires de contrôle (Mortagne-Au-Perche, Villaines-La-Juhel, Fougères, Tinteniac, Loudéac, Carhaix-Plouguer, Brest, auxquels au retour s'ajoute Dreux), de jour, de nuit, corps meurtris, regards douloureux, ils viennent par petits groupes se réchauffer, se restaurer, se sécher, dormir. La nuit surtout.
Le besoin de sommeil est tel qu'ils arrivent piquant du nez dans le guidon, parfois ne sachant plus où ils sont, et se flanquent par terre, n'importe où. Le sommeil les fige instantanément au réfectoire, sur les tables, la tête dans les bras, dans les mains, écrasés sur un casque ou bien allongés par terre, dans des sacs, sous des affiches, le visage couvert d'un tee-shirt, d'un bandana. Ronflant, pétant, se relâchant. Certains s'offrent un dortoir (quatre euros) où ils se réfugient dans le noir sur des matelas, des lits de camp. Pour une heure ou deux. En dépit de l'extrême difficulté, il règne dans cette épreuve de fond une gaieté amicale, une convivialité bon enfant. Cette année, moins de bonne humeur sur la route à cause de la tension imposée par les conditions climatiques, la visibilité réduite, les risques d'accident. Dès que la pluie cesse, l'humour reprend ses droits. Déjà dans les accoutrements, celle-ci porte une abeille sur son casque, celui-là une tour Eiffel, d'autres ont bricolé d'ingénieux rétroviseurs avec un miroir dans une capsule de bière fixée sur le montant des lunettes. Ils plaisantent avec le public sur le bord de la route. À un amateur qui veut le photographier, un concurrent proteste: « Non, pas de photo, je suis en congé sécurité sociale! Mon patron pense que je suis derrière une pile de dossiers. » Un autre, ralenti au sommet d'une côte, prévient le public du danger de sa vitesse. Un jeune Canadien affirme que pendant que ses jambes fonctionnent, il a l'esprit reposé, libre, et il en profite pour admirer le paysage. À l'instar, du mayennais Alfred Jarry (Le Surmâle) qui prétendait que le fait de pédaler était « aussi réparateur que n'importe quelle embrocation » parce que chaque jambe d'un cycliste « se repose et même bénéficie d'un massage automatique » pendant que l'autre agit. Beaucoup témoignent de l'aide que leur apportent les encouragements au bord de la route. Des gens qui leur offrent de l'eau, du café. Dans la nuit, il y a encore pour applaudir et crier : « bravo ! » Il se dégage surtout de ce challenge une grande vague de solidarité entre ces aventuriers qui « partagent la même chose ». Les relais en tête des regroupements se font naturellement. Par moments, on s'enquiert de l'origine de ses compagnons. Il y a cette année beaucoup d'étrangers, quarante-deux nationalités différentes, la communication n'est pas toujours facile. Mais on se comprend par geste. On est heureux de « côtoyer des gens de tous les pays ». Ce Breton a sympathisé avec des Belges, des Italiens. L'un d'eux, lors d'une halte sommeil, lui a demandé : « Tu te lèves à quelle heure ? »: « Il m'a attendu et on est reparti ensemble. » Chacun y va de son anecdote. L'inquiétude si quelqu'un s'arrête brusquement, l'aide spontanée pour changer une chambre à air. Un concurrent de Saint-Lô raconte comment il a été secouru à plusieurs reprises. Une centaine de kilomètres après le départ, en pleine nuit, son attache de chaîne s'est cassée. Un participant s'est arrêté pour lui en proposer une, l'a même aidé à la remettre. Elle n'était pas de la bonne taille. Elle s'est à nouveau cassée deux cents kilomètres plus loin. Dans un village. Un habitant l'a alors emmené réparer chez un marchand de cycles dans un autre bourg. Il a perdu deux heures dans l'affaire. On se croirait revenu en 1913, à l'époque héroïque du Tour quand Christophe (le départ de ce Paris-Brest-Paris a été donné le jour de la St Christophe !) a passé deux heures à réparer sa fourche de vélo dans une forge ! (Près de l'arrivée, une pancarte encourageait un enfant du crû : « Courage Christophe ! All for you ! ») Cette solidarité s'est encore accrue au fil des heures. « On se sent un peu comme des rescapés. », dit quelqu'un qui vient d'en terminer. Tout ému des applaudissements qui l'ont accueilli dans le dernier rond-point de Saint-Quentin-En-Yvelines. « C'est extra ! » Ils sont, jeudi soir, cinq cents à avoir réussi. La plupart dans une forme convenable, qui ont su intelligemment gérer leur parcours, leurs « petits bobos » et, surtout, leur mental. Fruit de l'expérience pour la plupart. Que ressentent-ils ? Plaisir, satisfaction, soulagement. « Arriver au bout, dit l'un d'eux, c'est l'aboutissement de quelque chose que l'on a voulu, que l'on a entrepris. » Un autre, qui ne veut pas parler de fierté : « Bon, je l'ai fait. J'ai rempli mon contrat. J'ai réalisé correctement ce que j'ai entrepris. J'ai rencontré des gens. Nous sommes arrivés ensemble. Il ne s'agissait pas de gagner sur un autre. C'est un combat avec soi-même. » Jacques Vallet
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